Bruno Groning



"Révolution dans la médecine?"

La prolongation des activités du faiseur de miracles d'Herford, Bruno Groening, qui a guéri en mai et juin 1949, d'après leurs propres témoignages, des milliers de malades désespérés, a été rendue impossible par l'intolérance des médecins et des autorités en Allemagne du Nord. Le 3 mai 1949 on a interdit à Groening d'exercer son activité curative. Depuis le 29 juin, Groening s'est retiré du public. Mais Bruno Groening n'a pas disparu pour autant et la question de sa merveilleuse force de guérison n'est pas éclaircie. Car la "Revue" a ouvert le chemin à Groening vers une grande clinique médicale, dans laquelle il peut prouver sa force de guérison à des médecins critiques mais impartiaux. Ainsi la "Revue" a donné la possibilité à Groening de prouver aux scientifiques modernes: je guéris des incurables. La "Revue" commence aujourd'hui avec la publication des résultats de 150 expériences indiscutables. Lisez ce que nos correspondants Mrs. Bongartz et Laux, sous la conduite scientifique du psychologue et médecin Prof. Dr. Fischer nous rapportent dans la "Revue".

LE PLAN DE LA "REVUE"

La "Revue" commence aujourd'hui une publication dont le thème dépasse amplement le journalisme. Au centre de leur intérêt se trouve un homme simple, mais qui est devenu célèbre en peu de mois, Bruno Groening, en guérissant ou améliorant les souffrances de milliers de malades jugés incurables d'une manière merveilleuse et énigmatique à Herford et dans d'autres villes. Aucun politicien, aucun économiste, aucun artiste n'a ému ainsi les humains pendant les années de l'après-guerre, comme l'a fait Bruno Groening. Les autres pays, même l'Angleterre et l'Amérique, ont également été touchés par le rayonnement de sa renommée et par les articles de presse sensationnels variant entre l'éloge, le scepticisme et un refus présomptueux. Le dédain sarcastique s'est nourri des sensations, des rumeurs incontrôlées et des commentaires contradictoires. Ont manqué presque totalement le sérieux nécessaire, la responsabilité, l'impartialité et la prise en compte de l'importance du problème qui par l'action de Bruno Groening a émergé du domaine restreint des discussions médicales et a été propagé auprès du public du jour au lendemain.

Les spécialistes en médecine de la "Revue" s'étaient déjà occupés depuis longtemps, dans un autre contexte, de la question des origines psychiques de la plupart des maladies et de l'étude du développement, fréquemment ignoré en Allemagne, des recherches analogues effectuées dans les autres pays. Dans le cas de Groening, il ne s'agissait non seulement de la personne du docteur miracle, mais surtout de la question importante des origines psychiques soit mentales des maladies et de leur prise en considération dans le traitement psychothérapeutique des patients. Groening pouvait être un phénomène dans le domaine du traitement psychique des malades. Comme en Allemagne du Nord la campagne autour de Groening, qui occasionnait des rassemblements comptant jusqu'à six mille personnes sur le lieu où il agissait, prit des formes de plus en plus chaotiques, la "Revue" prit une résolution inhabituelle pour un illustré.

La contradiction entre les innombrables fidèles et les adversaires de Groening, en petit nombre mais influents, avait progressé entre-temps jusqu'à devenir insupportable. Une commission médicale et les autorités d'Herford délivrèrent à Groening l'interdiction de guérir. Mais à Herford, Hambourg et dans beaucoup d'autres villes, des milliers de patients attendirent l'aide de l'homme aux miracles. Les autorités furent saisies d'un grand embarras vis-à-vis du phénomène Groening, de sorte qu'on dut craindre que cela se terminât mal. Groening serait-il écorché entre le pouvoir de ses adversaires et celui de ses adeptes? Est-ce que Bruno Groening, homme simple, intellectuellement maladroit, mais toutefois rempli d'une véritable conscience de sa mission et d'une serviabilité sincère devait disparaître, à cause de "protecteurs" qui l'approchaient, voulaient profiter de sa force de guérir et présentaient de nombreux points faibles à ses adversaires? Ou est-ce qu'un institut médical ou tout autre institut scientifique en Allemagne se déclarerait-il prêt à donner à Bruno Groening, dans un véritable désir de recherche, les possibilités de réexaminer cliniquement ses capacités (aux USA chaque grand hôpital y serait aujourd'hui sans doute prêt)? Après des discussions infructueuses, il fallut craindre fin juin que Groening fût anéanti. La question de savoir si une capacité d'influence mentale salutaire et merveilleuse devait lui être attribuée ou s'il fallait lui certifier que ses prétendues capacités étaient une erreur, qu'elles ne représentaient que de la charlatanerie, resta pour des millions de souffrants sans réponse.

La "Revue" se décida à ce moment-là d'envoyer une équipe de correspondants spéciaux, se composant de Helmut Laux, Heinz Bongartz et d'un scientifique, le psychologue et médecin Prof. Dr. H.G. Fischer de Marburg en Allemagne du Nord. Le groupe devait rencontrer Groening dont les traces commençaient déjà à disparaître. Il devait se convaincre des succès ou des échecs des guérisons par des recherches précises sur une grande série de cas traités par Groening. Si le résultat de cette recherche préalable s'avérait positif, l'équipe de la "Revue" devait se faire une idée des événements autour de Groening et de sa personne elle-même. Selon le résultat, l'équipe avait la mission et les moyens de soustraire Groening de la mauvaise et probablement défavorable influence de son entourage et de lui aplanir un chemin pour le sortir du tohu-bohu étouffant entre fidèles, médecins et instances bureaucratiques. Avec son accord, Groening devait trouver refuge dans un endroit inconnu et retiré. En même temps des dispositions furent prises par l'équipe de la "Revue" pour assurer la coopération d'une clinique universitaire allemande de premier plan si l'issue des recherches préalables s'avérait favorable. Elle devait donner la chance à Groening de prouver ses capacités auprès d'une commission de scientifiques. En cas de succès, le chemin pour poursuivre ses activités lui serait aplani. En cas d'échec, un rapport incontestable et clair devait informer le public du résultat négatif. C'était cela le plan de la Revue.

Sa réalisation débuta le 28 juin 1949. Elle fut assortie de difficultés, d'aventures et de surprises. Mais le plan réussit, sans que le public - dans l'intérêt de la chose - eût le droit d'en avoir connaissance jusqu'à aujourd'hui. Pour celui-ci, Groening avait disparu depuis le 29 juin 1949, à 23.45 heures, à Hambourg. Ainsi la "Revue" commence aujourd'hui avec le rapport détaillé des correspondants et des principaux médecins sur l'histoire, et ses antécédents, de la plus grande et la plus étonnante expérience médicale qu'une revue n'ait jamais rendue possible.

Bruno Groening: phénomène d'un médecin pour l'esprit
De Helmut Laux et Heinz Bongartz sous la direction scientifique du psychologue professeur Fischer
Sur les traces de Bruno Groening
Le point de vue des médecins

Nous partîmes le 29 juin de Francfort, précisément le jour où Groening disparut soudainement de Hambourg sans laisser de traces. Nous, les journalistes, étions naturellement curieux, le Professeur Fischer était réservé bien que lui aussi ne put dissimuler tout à fait sa curiosité. Mais il était décidé d'aborder le cas Groening avec méthode et à se former un jugement progressivement et consciencieusement. Notre coopération avec le professeur Fischer fut parfaite dès le premier jour. Il avait suivi les cours habituels de médecine. Il était en mesure en tant que médecin traditionnel, d'interpréter les résultats des maladies, leur aggravation ou leur guérison. En outre, il était psychologue et pratiquait en se servant de la psychanalyse et de la psychothérapie. Mais la méthode de Bruno Groening devait s'insérer dans le domaine de la psychothérapie, si elle s'avérait efficace. A moins que Groening ne disposât d'autres forces restées inconnues jusqu'à aujourd'hui dans la psychothérapie.

Nous arrivâmes le 29 juin au soir à Bielefeld et le hasard fit qu'une ancienne connaissance du Professeur Fischer nous conduisit d'abord à une rencontre avec le directeur de la maison de santé de Bethel, le Professeur Schorsch. Ce dernier avait joué un rôle essentiel dans la commission médicale qui avait contribué par sa décision à l'interdiction de guérir envers Groening. Il ne voulut pas nous voir, nous les journalistes, ne reçut que le Professeur Fischer et l informa sur l'impression qu'il avait eue sur Groening: "C'est un homme tout à fait primitif, avant tout il ne possède pas de -"charisme" -. Nous devons ajouter pour ceux qui ne connaissent pas ce mot que les scientifiques entendent par là une prise de conscience d'une mission. Schorsch pensait que la conscience religieuse d'une mission, dont Groening avait fréquemment parlé à Herford et aussi en d autres endroits, c'était purement du théâtre. Il agissait plutôt par égoïsme et par arrogance. Schorsch nous montra, pour prouver ce qu'il dit, une étude graphologique qui avait conclu au même résultat. Le Professeur Fischer prit note de son jugement. Le Professeur Schorsch ne donna d'ailleurs pas l'impression d'être consciemment partial. Il sembla quelque peu désintéressé. Il était rondelet et convivial et fit l'effet de ne plus rien vouloir entendre sur le cas Groening. Probablement, n'eut-il pas envie d'avoir l'esprit agité et ne voulut-il plus être importuné. Il nous conseilla de ne pas compter sur son jugement mais de prendre connaissance nous-mêmes du cas.

Le Professeur Dr. Wolf, médecin en chef des hôpitaux publics à Bielefeld, parut plus ouvert. Il partagea notre avis que le cas Groening devait être examiné sans réserves. Il fit toutefois remarquer qu'on avait proposé à Groening, comme chacun le sait, de démontrer son savoir dans les cliniques. Que devait-il penser du fait que Groening avait rejeté cette offre. Peut-on en vouloir aux médecins de poursuivre avec un scepticisme exceptionnel un homme qui refusait d'exposer ses capacités devant eux?

Pourquoi, c'est la question que nous nous posâmes également, Groening avait-il refusé de soumettre sa méthode de guérison à des observations et expertises cliniques? Avait-il des raisons de douter de l'objectivité du Professeur Wolf? Lorsque, quelques semaines plus tard, le Professeur Fischer demanda à Groening de pratiquer devant les médecins de l'hôpital de Bielefeld, il fut bien obligé de constater que, sous prétexte de faire un geste envers Groening, on voulait en fait l'anéantir en lui soumettant uniquement des cas de malades pour lesquels on ne pouvait plus rien, Groening non plus. Le Professeur Fischer dut donc renoncer à faire expertiser les méthodes de Groening par les médecins de Bielefeld.

De plus, le bruit courut que le Dr. Dyes, médecin de la Santé publique à Detmold, avait dit à Groening qu'il pouvait apporter autant de preuves qu'il voulait de ses dons guérisseurs, on l'empêcherait de toute façon de travailler ! Le Professeur Fischer contacta par téléphone le Dr. Dyes qui ne fit aucun mystère de ses propos. Groening lui avait fait mauvaise impression. Le Dr. Dyes, sûr de lui et de sa supériorité en tant que médecin, se félicitait de son comportement.

De ce fait, Groening avait dû perdre toute confiance vis-à-vis des médecins et savoir qu'il ne pouvait plus compter sur une attitude objective de leur part. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait refusé de se prêter à des expériences dans des hôpitaux. Il avait flairé, grâce à son instinct d'homme simple et naturel, les pièges qui l'attendaient.

Le flot des maladies chroniques d'origine psychique

Le 30 juin nous commençâmes, d'abord en Rhénanie du Nord-Westphalie, à rechercher aux fins d'examen les patients traités et, selon leurs dires, guéris par Groening et nous continuâmes jusque dans la région de Hambourg. Ceci fut plus facile à dire qu'à faire.

Les patients traités par Groening étaient rentrés chez eux. Personne n'avait noté noms et adresses exacts. Groening avait, si on peut dire, guéri de façon irrationnelle au gré de ses déplacements. Même ses partisans n'avaient aucun matériel concret à présenter sur son activité. Il n'existait que des récits, des articles de presse, des affirmations et des rumeurs. Nous aurions certainement eu beaucoup de difficultés à nous acquitter de cette tâche si le hasard n'était venu à notre secours à Bielefeld en la personne d'un homme qui avait tenté avant nous de se faire une idée des réussites effectives de Groening.

Cet homme, directeur régional d'une Caisse d'assurance-maladie, s'appelait Lanzenrath. Il était intelligent, objectif et clairvoyant. Il avait réussi à accéder à la "cour" qui s'était formée autour de Groening soit par croyance soit par appât du gain - à ce moment nous n'étions pas en mesure d'en juger -. Après le départ de Groening pour Hambourg, ces personnes étaient en partie restées dans la maison Hülsmann à Herford oú Groening avait exercé son activité. Lanzenrath était persuadé tant de la capacité de Groening à influencer et guérir des maladies que de sa modestie personnelle. Mais il craignait que la "cour" ne cherchât à utiliser les qualités de Groening à de mauvaises fins. Il se montra tout d'abord suspiscieux même à notre égard. Là aussi, ce fut le Professeur Fischer qui nous fit ouvrir les portes et réussit à convaincre Lanzenrath de nous aider en nous citant des cas qui, après des examens approfondis, permettraient de tirer une conclusion sur le sérieux du phénomène Groening. Les raisons qui avaient poussé Lanzenrath à entrer en contact avec Groening furent d'ailleurs extrêmement intéressantes. La première fut une maladie rénale très douloureuse (dont Groening l'avait guéri deux mois auparavant et ces maux avaient totalement disparu). La seconde fut le souci quant à l'avenir des Caisses d'assurance-maladie. Il nous raconta que celles-ci sont menacées de faillite parce qu'elles doivent faire face à une mer de maladies chroniques, qui ne veulent absolument pas guérir. Il confirma par ses propos ce que les psychothérapeutes, qui observent avec attention la période actuelle, savent déjà. La seconde guerre mondiale avec tous ses bouleversements a provoqué un flot de maladies ayant principalement des causes psychiques, se traduisant par des affections physiques allant d'innombrables maladies stomacales et crises rhumatismales aux névroses et paralysies. Les psychologues ont crée le terme de "maladies psychosomatiques" pour les désigner. Après la réforme monétaire, les statistiques avaient révélé une recrudescence de maladies qui n'avaient jamais atteint une telle ampleur dans le passé et qu'on pouvait difficilement attribuer à des troubles de l'organisme. Lanzenrath avait en fait espéré trouver chez Groening une méthode de guérison permettant d'alléger les frais incombant aux caisses. Il avait suivi de très près un grand nombre de traitements et de guérisons. Il nous parla d'environ 20 cas pour lesquels nous procédâmes en l'espace d'une semaine à des analyses et examens approfondis et eûmes, autant que faire se peut, des entretiens avec les médecins traitants afin de trouver une réponse à la question cruciale pour nous : Groening peut-il guérir?

Le 8 juillet, nous passâmes en revue le résultat des vingt examens. Sur les vingt cas, sept furent éventuellement intéressants, certains même mystérieux, mais aucun ne permit de trancher clairement pour ou contre Groening. Comme nous commençâmes laborieusement par ces sept cas, nous eûmes tendance à désespérer le troisième jour de notre étude, en tout cas nous, les profanes en médecine.

L'office des HLM

Il y eut le cas Klüglich de Bielefeld. Au cours de la guerre, Klüglich, un petit employé, avait reçu une balle lui transperçant un rein. Ce rein blessé ne fonctionnait plus très bien. Après la guerre, son second rein avait été atteint d'une infection très grave, à tel point que les médecins avaient songé à l'opérer. Nous pûmes examiner les radios et autres résultats d'analyses médicales. Avant la Pentecôte, Klüglich avait adressé une lettre à Groening en passant par l'intermédiaire de Lanzenrath. Celui-ci avait alors procédé à une "guérison à distance" et demandé à Klüglich de bien observer ce qui se passerait dans son corps au cours des prochains jours. Klüglich avait constaté un fonctionnement plus intense de ses reins, une coloration plus foncée de son urine et une diminution de ses maux.

Le médecin traitant avait également constaté une amélioration de l'état de son patient. Puis Groening avait rendu personnellement visite à Klüglich et l'amélioration s'était maintenue. Klüglich avait pu quitter son lit et faire des promenades. Pourtant, lorsque nous le rencontrâmes et que le Professeur Fischer l'examina, il s'avéra que son état avait de nouveau empiré. Le Professeur apprit très vite que Klüglich avait pu bénéficier d'un appartement plus grand à cause de sa maladie. La nouvelle de sa guérison s'étant répandue rapidement, l'office des HLM lui avait signifié qu'il devait déménager dans un appartement plus petit. Son état s'aggrava à nouveau le jour où il en fut informé. Il ne s'agit absolument pas d'une simulation mais bien d'une aggravation due sans aucun doute à une cause psychique, notamment à la peur de perdre cette pièce supplémentaire s'il était guéri. Parler là de guérison fut évidemment absurde. Le corps médical fit remarquer que dans ce cas Groening avait seulement réussi à faire sortir le malade temporairement de sa léthargie profonde, ce qui lui avait donné la force de résister à la maladie. Il admit bien la relation directe entre le traitement psychique et la résistance corporelle contre la maladie mais eut raison de refuser la thèse de la guérison. La question de savoir ce que Groening aurait obtenu si son influence avait pu se prolonger resta évidemment sans réponse.

Elle était assise sur sa caisse du magasin

Il y eut en outre le cas de Mme W. également à Bielefeld. Elle était veuve et propriétaire d'un magasin de bicyclettes. Elle le dirigeait, ainsi que la famille, depuis un fauteuil installé dans la cuisine située à l'arrière. Depuis 15 ans, elle éprouvait, de façon vérifiable, des difficultés pour marcher et souffrait d'oedèmes des jambes. Le cœur et les reins fonctionnaient cependant normalement. Par contre, les symptômes d'un rhumatisme articulaire qui traînait persistaient. Groening s'était assis en face d'elle une demi-heure durant et avait prédit une guérison prochaine. Depuis lors, elle put à nouveau traverser la cour et se sentit bien. Le professeur constata que les oedèmes étaient insignifiants. Un examen effectué par la femme-médecin traitant montra également une nette régression des gonflements depuis que Groening lui avait rendu visite. Mais ces derniers temps les oedèmes semblèrent grossir à nouveau. Cette exhortation psychique, qui apporta une amélioration transitoire démontrant la relation étroite entre l'état mental et la maladie, n'était-elle pas assez convaincante? A moins que l'on ne s'attendît à un succès franc et définitif grâce à un traitement permanent de Groening. Il fut intéressant de constater que Mme W. était assise depuis des années sur sa caisse de magasin et que ce complexe de devoir sans cesse la surveiller pût accroître de façon critique les difficultés pour marcher jusqu'à la quasi-paralysie. Groening avait probablement éliminer cette contrainte provisoirement, ce qui restait un exploit remarquable, pour lequel un psychothérapeute normal aurait nécessité non pas une demi-heure mais des jours voire des semaines. Mais cela fut insuffisant pour chercher ce quelque chose d'insolite derrière Groening, pour intervenir en faveur de grandes expériences cliniques.

Groening lui donna une boule d'argent…

Enfin, il y eut le cas Schwerdt à Bielefeld. Il s'agît là de deux patients. D'une jeune fille, dont le père était simple employé, sur laquelle la mère exerçait une influence oppressante. Et d'un homme qui possédait une fabrique et que les membres de la famille avides d'héritage guettaient selon toute apparence. Ils s'engagèrent dans une liaison et l'homme entra de ce fait violemment en conflit avec sa famille. La jeune fille se vit faire des remontrances incessantes par sa mère qui ne voulut rien entendre de cette relation avec cet homme riche car "cela ne pouvait rien donner". Tous deux, l'homme et la jeune fille, finirent par perdre courage et se séparèrent. La jeune fille fut atteinte d'une névrose du cœur, inhabituelle et grave, qui l'obligea à rester couchée en permanence. L'homme eut un accident au même moment et garda le lit même lorsque la blessure fut guérie. Il était poussé vers sa maîtresse. Afin de ne pas céder à cet élan, il se conforta dans sa maladie et se retrancha dans son lit. Groening s'occupa du cas. Il provoqua lors de la première visite une nette amélioration de sorte que Mlle Schwerdt put quitter le lit. Elle se rendit ensuite chez Groening et lui donna les noms de malades qu'il devait secourir dont celui du fabricant sans en dire plus à son sujet. Mais Groening entrevit manifestement le contexte. Il retira le papier argenté d'un paquet de cigarettes de sa poche, en fit dans sa paume une boule qu'il donna à la jeune fille avec la consigne de la garder aussi longtemps dans la main jusqu'à ce qu'elle pût la remettre personnellement à l'homme en question. Il guérirait alors. Mlle Schwerdt maintint la boule durant 36 heures dans la main.

L'homme entre-temps entendit parler du succès de Groening et de l'instruction donnée à Mlle Schwerdt, grâce aux rumeurs courant partout. La curiosité le poussa hors du lit et vers la jeune fille. Ainsi leur liaison fut rétablie et tous deux se sentirent en bonne santé. A la question du professeur Fischer, s'ils se voyaient à nouveau régulièrement, la jeune fille répondit: "Oui, malheureusement." Le véritable conflit, qui avait causé ce malheur, les tensions avec la mère ou avec les membres de la famille n'étaient pas - elle avait dit "malheureusement" - résorbés et pouvaient donc à plus ou moins long terme ramener la situation antérieure.

L'impression donnée dans ce cas était équivoque. Néanmoins, Groening avait là aussi annihilé en très peu de temps une souffrance générée par des complexes psychiques, reconnu le contexte réel avec une intuition remarquable et utilisé, avec la méthode de la boule d'argent, un procédé dont le meilleur psychothérapeute n'avait pas à avoir honte. Le fait que le complexe originel persistait lui avait échappé cependant. Le cas Schwerdt fut le premier par lequel le professeur Fischer s'engagea pour Groening. Si l'on ne pourrait rien déceler d'autre d'insolite chez Groening, on ne pouvait nier qu'il possédait un talent naturel surprenant de psychothérapeute.

La moto récalcitrante

Le cas Wehmeyer fut particulièrement étrange. Wehmeyer était dirigeant d'une société de transport à Herford. Actif, costaud, avec des nerfs solides, sûrement pas enclin à s'en faire accroire. Il avait donc rendu visite à Groening dans le but de chercher de l'aide pour sa femme qui se trouvait dans une clinique à Munster dans un état chronique et indéterminé de maladie. Groening lui avait expliqué: "Votre femme émettra à un moment précis le souhait de rentrer à la maison. Vous-mêmes ne devez pas vous déplacer pour l'y inciter." Wehmeyer, comme dit, n'était pas homme à croire à la clairvoyance ni à accepter des consignes. Il se mit donc, à l'encontre des instructions de Groening, en route en moto pour rejoindre sa femme à Munster. Se produisit alors l'événement le plus curieux, dont il ne vint pas à bout: la moto s'arrêta en cours de route. Il se rendit dans un atelier de réparation à Bielefeld. Elle fut inspectée sous tous les angles, tout était en ordre. Elle aurait dû fonctionner. Le mécanicien changea les bougies, fit son possible, ne comprit pas pourquoi elle ne roulait pas.

Perplexe, il dit à M. Wehmeyer qu'il ferait mieux de rentrer à la maison. Celui-ci aborda le chemin du retour. Au moment précis où il prit la direction de Herford, la moto se mit en marche comme si de rien n'avait jamais été. Enchanté, il fit demi-tour. Elle stoppa net. Elle ne fonctionnait pas en direction de Munster. Encore tout ému par cet événement presque fantomatique, Wehmeyer se rendit peu de temps après en train à Munster. Sa femme dit alors spontanément vouloir rentrer de suite à la maison, elle se sentait nettement mieux et le médecin du service annonça également la fin de son traitement.

A propos de patients traités par Groening, auxquels le professeur Dr. Fischer rendit visite avant de rencontrer Groening lui-même

M Klüglich de Bielefeld, malade des reins, vivant incessamment dans la peur d'une opération. Notre communiqué décrit l'état dans lequel le professeur Fischer, mandaté par Revue, le rencontra quelques semaines après l'intervention de Groening.

La fillette de la famille hambourgeoise Mendt démontra au professeur Fischer que la médecine devait utiliser le phénomène Groening. Ce dernier avait agi avec succès de façon psychothérapeutique sur une ataxie locomotrice infantile.

Mme Wehmeyer: lorsque le professeur Fischer la rencontra et qu'elle lui parla de ses séjours à l'hôpital, il fut très impressionné par l'intervention à distance de Groening et par l'événement relaté par l'époux de celle-ci (voir notre communiqué).

Mlle Schwerdt décrivit au professeur Fischer la rencontre avec Groening évoquée dans le communiqué, la manière dont il lui fit retrouver l'homme qu'elle aimait, à l'aide de la boule de papier argenté, et la façon dont il les guérit.

Mme W. qui dirige à Bielefeld le magasin de bicyclettes de son mari décédé en 1946. Le professeur Fischer discuta avec la femme-médecin qui s'occupa du traitement de longue durée et désespéré avant Groening.

L'homme d'affaires objectif Kargesmeier de Bad Oeynhausen, souffrant de douleurs atroces causées par une névralgie trigéminée qu'aucune opération ne lui enleva. Le professeur Fischer le vit en bonne santé, état généré par l'action antérieure de Groening.

Dr. Morters, qui traitait la patiente avant l'intervention de Groening, est assis au chevet de Mme E. Ce cas détermina également Revue à convaincre les médecins d'un centre universitaire de la nécessité d'une épreuve clinique sur laquelle Revue fait un rapport dans le numéro suivant.

Le courant chaud
Un premier succès inhabituel

Le cinquième jour de notre examen, nous eûmes la première grande surprise. Les autres s'enchaînèrent, incluant l'événement que l'on devait qualifier de sensation sans exagérer.

Nous nous étions rendus en voiture à Hambourg parce que Lanzenrath y connaissait un cas qui lui semblait particulièrement impressionnant et qui avait été en outre bien suivi médicalement. Il s'agissait de la fillette d'un M. Mendt qui dirigeait une entreprise de réparation automobile à Hambourg. Elle avait surmonté une ataxie locomotrice infantile mais des séquelles subsistaient sous forme de paralysie des jambes.

Il y avait un historique précis, soigneusement établi, avec une diagnose claire. Groening avait traité l'enfant selon sa manière habituelle, en restant assis calmement en face d'elle, s'enquérant par des questions simples de ses sensations corporelles, la frôlant tout au plus avec la main. Puis il avait laissé la consigne de noter précisément ses sensations physiques dans les prochains jours.

Ce qui avait été fait et le professeur Fischer lut donc qu'elle avait ressenti des douleurs lancinantes dans les jambes irradiant vers la colonne vertébrale. Elles s'amplifièrent et cédèrent la place à une chaleur croissante et à une forte irrigation sanguine dans les jambes inertes. L'enfant fit de premiers mouvements, dont elle était incapable auparavant. Le professeur Fischer examina avec attention ses membres et constata qu'ils étaient étonnamment bien irrigués par le sang. Tous les antécédents le firent penser au principe du training autogène sans que pour autant un cas de son application réussie à une ataxie locomotrice infantile ait été connu. Le training autogène fut développé par le professeur I. H. Schulz, autrefois conférencier en psychothérapie à l'université de Iéna, et enseigné en Allemagne. Les méthodes de Schulz n'étaient en fait que l'application en médecine européenne moderne du célèbre et ancien yoga indien, pratique mystérieuse pour tout Européen. Elle permettait aux médecins qu'il formait de diriger le flux sanguin dans des parties précises du corps de leurs patients, grâce à une influence mentale qui ne doit pas être confondue avec de l'hypnose. Mais cela ne leur réussissait pas dans tous les cas. Il fallait avant tout se donner de la peine pendant des semaines, quelquefois des mois, ce qui justifiait alors bien le nom de "training". Dans le cas Mendt, Groening remporta un premier succès qui fut totalement inhabituel. Même si un psychothérapeute formé médicalement s'en était occupé, il lui aurait fallu au moins plusieurs semaines pour obtenir le résultat que Groening avait mis en place en une demi-heure. Fischer eut encore une longue entrevue avec le professeur hambourgeois Burkhard et tous deux furent saisis par ce succès au point que le professeur Fischer dit pour la première fois être d'avis que Groening possédait des facultés psychothérapeutiques exceptionnelles, peut-être même un propre champ d'ondes ou quelque chose d'autre, qu'il fallait étudier par des observations cliniques. De même que la possibilité d'influencer l'ataxie locomotrice infantile et les conséquences en découlant devait être suivie sur une longue période par une action permanente.

Aucun médecin ne pouvait l'aider

Le lendemain déjà, un nouveau cas surprenant nous laissa fort impressionnés. Lanzenrath nous conduisit chez un autre patient âgé de 47 ans, un certain Kargesmeyer de Bad Oeynhausen. Les maux de tête dont il avait souffert depuis la deuxième année de sa vie avaient évolué en une grave névralgie du trijumeau. Les douleurs touchent les nerfs faciaux et font partie des pires maux existants. Les crises fulgurantes sont d'une intensité telle que bien des gens ont été poussés au suicide. Les soins d'un généraliste n'ont aucune influence sur cette souffrance et tenter d'atténuer celle-ci par le biais de médicaments n'est que partie remise. Dans certains cas désespérés, on a recours à une résection chirurgicale des rameaux par injections alcoolisées ou bien l'on sectionne le nerf. L'intervention chirurgicale, quelle qu'elle soit, représente une démarche hautement délicate dont le résultat n'est jamais assuré. Kargesmeyer avait subi différentes interventions avant d'être soigné dans une clinique de Munster. Une opération radicale avait consisté en l'ablation des amygdales et des sinus. C'était, pensait-on, sur ce terrain que devait se localiser un foyer d'infection, source des douleurs au visage. Cette opération était restée sans effet sur la névralgie. Il était certes possible que ces infections aient été prédéterminantes dans la cause des maux, néanmoins l'ablation une fois accomplie, il semblait qu'on avait "cristallisé" l'exacerbation des nerfs faciaux. On observe en effet souvent cela chez certaines personnes amputées qui continuent de ressentir de cuisantes douleurs aux extrémités des nerfs sectionnés: ellesont alors l'impression que celles-ci se prolongent tout au long du membre amputé.

Groening s'était occupé de Kargesmeyer: il lui avait ordonné de maintenir fermement la tête entre ses mains. C'est alors que celui-ci avait ressenti un courant de chaleur gagner son visage. La douleur avait encore persisté quelques jours puis disparu de jour en jour. Quatre semaines venaient de s'écouler sans une seule douleur.

Visiblement, une faculté peu commune de rétablir un circuit sanguin sur son parcours avait là aussi fourni des résultats concluants. D'autres facteurs auront pu également jouer, ce qui nous importait peu en l'occurrence, car on n'avait relevé jusqu'à présent que quelques rarissimes cas de traitement de la névralgie du trijumeau par la psychothérapie. Là encore, il avait fallu des semaines, voire des mois, avant d'obtenir un succès. Groening avait réussi en une courte séance - une performance inégalée à ce jour.

Le cas bien connu de Dieter Hülsmann

Le jour suivant nous étions à nouveau à Herford et Lanzenrath proposa à Fischer d'examiner le cas de Dieter Hülsmann. Il s'agit du fils de  l'ingénieur Hülsmann, âgé de neuf ans. Sa prétendue guérison avait fait sortir Groening de son anonymat. Nous pénétrâmes pour la première fois dans cette maison, point de départ de la renommée de Groening, où peu de temps auparavant il avait encore séjourné. Dieter Hülsmann n'avait à vrai dire jamais appris à marcher. En fait, on n'avait pas su discerner le véritable caractère de son mal. L'enfant avait été très longtemps comprimé dans un plâtre. On avait fini par diagnostiquer une dystrophie musculaire progressive, c'est-à-dire une dégénérescence croissante des muscles. Au terme d'un séjour à Bethel qui s'était étendu presque sur une année, l'un des médecins présent s'était exprimé en ces termes: "Vous pouvez laisser l'enfant ici. Vous pouvez aussi le ramener chez vous. Personne ne peut lui venir en aide." L'enfant n'avait plus pu s'asseoir, ses jambes étaient devenues glacées. Les bouillottes, les coussins chauffants, les couvertures préchauffées n'avaient pu remédier au refroidissement des membres, à leur insensibilité. Groening l'avait trouvé dans cet état, l'unique fois où il s'était occupé de lui. Le jeune garçon avait ressenti, après un court moment et de façon intense, une chaleur brûlante dans le dos puis le soudain réchauffement des jambes. Cette chaleur avait persisté, lui permettant de marcher à nouveau, même si c'était en chancelant.

Le cas de Dieter Hülsmann avait soulevé, au sein de la grande polémique qui s'était engagée ensuite, l'une des controverses les plus acharnées. On avait rivalisé de zèle dans les deux camps à qui exagèrerait au mieux les faits. Certes, on n'était pas encore à même d'employer le terme de guérison. Mais affirmer par contre qu'aucun changement ne s'était produit après le passage de Bruno Groening, n'était qu'émettre des propos fallacieux. Après examen approfondi, le professeur Fischer fut d'avis qu'il s'était agi en réalité d'une atrophie musculaire neurogène progressive, c'est-à-dire d'une affection dégénérative du nerf partant de la moëlle épinière et allant jusqu'aux muscles, influençant leur nutrition et leur développement. Le point de départ de la dégénérescence de ce nerf serait à rechercher vraisemblablement dans les neurocytes cornés antérieurs dans lesquels aboutissent les fibres nerveuses en provenance de l'encéphale. Sans que ces fibres aient été en contact direct avec les nerfs influant sur les muscles, se produisit pourtant ici une transmission ou une transposition des impulsions provenant du cerveau. On ne put nier que les nerfs dégénérés avaient recouvré une vivification peu ordinaire et l'avaient ensuite retransmise aux muscles des jambes. Ce qui nous étonna le plus fut le fait que Groening avait établi un diagnostic quasi étrangement proche de la réalité anatomique.

Kargesmeyer avait affirmé que Groening lui avait déclaré, sans lui poser de questions, qu'il souffrait de douleurs faciales et ce depuis sa deuxième année. Nous avions pris cette déclaration-là comme une exagération de la part d'un patient reconnaissant. Mais dans le cas de Dieter Hülsmann, nous eûmes un rapport clair et confirmé par des témoins sur le diagnostic de Groening entre les mains. Il avait parlé d'une rupture d'un nerf dans la moëlle épinière, tout en circonscrivant l'endroit où étaient situés les neurocytes cornés antérieurs endommagés. Précisément là, le garçon avait ressenti la sensation de brûlure évoquée suivie peu après d'une étrange ondulation que Groening avait désignée comme étant le début d'une régénération et comparée avec le vacillement d'une ampoule électrique à travers laquelle le courant circule lentement. Cette explication parut des plus simplistes mais elle se rapprochait tellement de la vérité que cet événement nous remua profondément.

Au seuil de l'inconcevable

Peu de temps après l'examen de Dieter Hülsmann par le professeur Fischer, un fait marquant fit pencher notre décision en faveur de Groening. Sans nous douter de rien, nous fûmes introduits dans le salon où il avait travaillé. Le Professeur Fischer, fatigué, s'assit dans un fauteuil qui se trouvait là. En quelques instants, son visage devint livide. Il suffoqua mais retrouva vite son sang-froid. Il nous regarda avec de petits yeux semblant signifier l'emprise d'une terrible force énigmatique dont il ne pouvait s'expliquer l'origine. Il nous fit alors savoir qu'à l'instant où il s'était assis, une intense douleur l'avait assailli dans la région du rein droit, que son coeur s'était mis à palpiter et qu'il avait manqué d'air. Il avait par le passé connu à plusieurs reprises des inflammations du rein droit. C'était l'organe le plus faible dans son corps. Nous étions encore à essayer de comprendre ce curieux phénomène quand Lanzenrath fit irruption dans la pièce et nous dit que le professeur avait pris place précisément dans le siège utilisé par Groening quand il s'occupait des malades. Groening avait toujours affirmé qu'il pouvait imprégner ce siège de forces particulières. Le professeur avait-il remarqué quelque chose de tout cela? "En effet", répondit Fischer au milieu de ce silence pesant qui émana de nous tous. Mais déjà un autre plan occupa son esprit. Il pria soudain Lanzenrath de le suivre, se rendit dans le jardin où, comme au jour de notre arrivée à Herford, les malades attendaient, patients ou désespérés. Il rechercha parmi eux une personne paralysée et trouva, allongée sous la tonnelle, une jeune fille abandonnée, les jambes inanimées. Assisté de Lanzenrath, il la transporta dans le salon et l'installa dans le fameux siège mystérieux. Il commença alors à la traiter tel qu'il en avait l'habitude comme psychotherapeute. Il trouva rapidement la cause de sa paralysie.

La jeune fille, Anni Schwedler, âgée de 21 ans, venait de Darmstadt. A l'automne 1944, elle avait vécu la violente attaque aérienne déclenchée sur la ville. Elle avait été prise sous un éboulement dans la cave-abri d'une brasserie où elle se trouvait avec sa mère et une vingtaine de personnes. Tous, y compris sa mère, avaient pu se sauver par une sortie de secours que l'on avait réussi à ouvrir suffisament pour permettre le passage d'une personne. Pour une raison que l'on ignore, le corps de la jeune fille était resté coincé dans l'ouverture du mur. La maison était devenue la proie des flammes et les cheveux de la jeune fille avaient déjà commencé à s'enflammer. Ce ne fut que de justesse qu'un surveillant d'îlots avait réussi à tirer Anni au dehors et, ayant déversé de l'eau sur ses vêtements en feu, à en éteindre les flammes. Au long du récit de la jeune fille, les traits décomposés de son visage laissèrent soupçonner le flux d'émotions qui avaient dû la traverser en ces moments. Elle avait déjà remarqué, peu après son sauvetage, combien sa marche manquait d'assurance. Quelques jours plus tard ce furent les trébuchements et une marche de plus en plus défaillante, jusqu'à ce que la paralysie finît par envahir les jambes. Tous les traitements avaient échoué. Et voilà que cette jeune fille se trouvait assise dans ce siège mystérieux qui avait produit un tel choc sur le Professeur. Tandis que la jeune fille arrivait au terme de son récit, le Professeur se mit à combiner les réflexions suivantes:

Si Groening avait laissé de mystérieuses forces curatives dans son siège, celles-ci devraient donc pouvoir agir sur les malades en son absence. Il parla brièvement de Groening à la jeune fille et de l'aide que celui-ci avait apportée, dans cette pièce, à de nombreux paralysés. Il lui montra en outre une photo de Groening. Puis, tendu intérieurement à l'extrème, il lui lança inopinément l'ordre suivant: "Levez-vous!" Il pensa en lui-même que Groening aurait agi ainsi. Le visage de la jeune fille s'illumina sur-le-champ, Anni se mit debout presque avec élan ; sa surprise fut si grande et elle fut tant émerveillée d'être capable de se lever qu'elle n'osa pas tout d'abord risquer un pas en avant. Le Professeur répéta sa directive: "Allez, marchez!" Lanzenrath, qui était présent, dut prendre la jeune fille doucement par la main. Hésitante encore et laissant couler des larmes de joie, elle traversa toute la pièce et atteignit la chaise où sa mère, dépassée par l'événement, se trouvait assise. Anni Schwedler s'effondra cependant à ce moment. Il fallut recommencer l'expérience. Fischer remontra à la patiente la photo de Groening. Il constata parallèlement une grande activité du circuit sanguin dans les jambes paralysées jusque là, une coloration tirant au rouge ainsi que le réchauffement de celles-ci. La jeune fille se leva à nouveau. Le professeur la fit se lever et s'asseoir à plusieurs reprises. Elle se leva de mieux en mieux et fut à même d'aller de la pièce, en traversant la cour, jusqu'à la rue située en face. Là, une voiture la conduisit chez un parent qui habitait à Herford.

Nous avions tous suivi l'expérience en retenant notre souffle et avec une curiosité extrème. Le soir même, nous informâmes notre journal, la "Revue", de notre obligation de prolonger notre séjour dans le nord de l'Allemagne. Car il n'y avait plus de doutes que Groening était un phénomène sur lequel on devait obtenir plus de clarté grâce aux tests
cliniques prévus. Nous voulûmes le jour suivant tenter notre chance et prendre contact avec Groening, afin de préparer sa rencontre avec les médecins de la clinique universitaire de Heidelberg et lui permettre de leur prouver ses capacités.

Chronologie des événements autour de Bruno Groening depuis mars 1949

La confusion qui règne parmi ces événements est si énorme qu'il était très difficile de les classer d'une manière à peu près compréhensible pour une personne extérieure.

18 mars 1949

L'étoile de Bruno Groening monte subitement à Herford. Le public prend connaissance de la guérison prétendue ou réelle de Dieter, fils de l'ingénieur Hülsmann de Herford, souffrant d'une atrophie musculaire. D'autres guérisons deviennent publiques. Bruits et messages se répandent comme une traînée de poudre. Une foule de malades se rassemble devant la maison des Hülsmann à Herford, 7 Place Wilhelm, où Bruno Groening séjourne.

4 avril 1949

Début des guérisons publiques de Bruno Groening à Herford. Echo vif. Groening devient le Docteur Miracles de Herford. Il est élevé en partie au rang de messie, d'autant plus que lui-même attribue son don à la force divine.

27 avril 1949

A cause de l'affluence des malades, les autorités interviennent, avant tout celles de la santé publique. Groening et Hülsmann sont convoqués à un entretien avec le Dr. Siebert, médecin-conseil et dirigeant de l'action sanitaire et sociale de Herford. Siebert déclare avoir jusqu'à présent toléré en silence les activités de Groening mais qu'il devait maintenant intervenir à cause du grand nombre de malades et de sa responsabilité pour la santé publique. Il essaie d'une manière maladroite et quelque peu provocante d'établir l'identité de Groening. Celui-ci lui conteste ce droit et l'invite à s'assurer de ses propres yeux de ses méthodes et de ses succès sur les lieux où il exerce. Siebert refuse en argumentant qu'il ne pouvait se ridiculiser.

Durant les jours qui suivent:

Trois autres réunions entre Hülsmann, Dr. Siebert et Auer, inspecteur de la police judiciaire de Herford. En tant que fervent partisan de Groening et également malhabile, Hülsmann insiste pour que ces messieurs veuillent bien se convaincre eux-mêmes des succès de Groening. Dr. Siebert prend une attitude hostile. Auer se comporte objectivement.

30 avril 1949

Face à l'affluence allant en augmentant des malades en quête de guérison et aux difficultés croissantes avec les autorités, Bruno Groening donne une sorte de conférence de presse dans la maison des Hülsmann. La presse s'est emparée de l'affaire Groening entretemps, l'a présentée comme une sensation en gros titres et donné de nombreuses informations fausses ou déformées. Le chef des services de l'administration municipale de Herford, Meister, ainsi que le surintendant Kunst participent à cette conférence. Bruno Groening corrige les fausses nouvelles. Mais le courant ne passe pas entre les personnes présentes et Bruno Groening, pas trop sûr de lui et quelque peu complexé car n'ayant aucune expérience dans les négociations avec les médecins et les relations avec la presse. La peur des autorités devant un trouble de l'ordre public suite à l'affluence des malades, la méfiance ou le rejet ouvert des médecins ainsi que le manque d'objectivité de la presse sont au premier plan.

3 mai 1949

Le chef des services de l'administration municipale Meister rend visite à Bruno Groening dans la maison des Hülsmann. Il choisit lui-même une femme paralysée parmi la foule qui attend et la présente à Groening. Celui-ci réussit visiblement auprès de cette femme. Meister prend congé, fort impressionné.

l'après-midi du 3 mai

Malgré tout, dans l'après-midi, le chef des services de l'administration municipale fait parvenir à Groening l'interdiction de toute activité de guérison. Elle comporte un délai de recours de trois semaines. La relation entre les autorités, Bruno Groening et les foules qui attendent, parmi lesquelles de nombreuses guérisons extraordinaires se sont produites au cours des semaines précédentes, devient de plus en plus embrouillée.

13 mai 1949

Seulement dix jours après l'interdiction, qui se base apparemment sur la loi des guérisseurs du IIIe Reich, une commission médicale se rend à la maison des Hülsmann. Elle se compose du dirigeant des hôpitaux municipaux de Bielefeld, le Professeur Dr. Wolf, du dirigeant de la maison de santé de Bethel, le Professeur Dr. Schorsch et du médecin-conseil Dr. Rainer de Bielefeld. Participent également le chef des services de l'administration municipale Meister et le surintendant Kunst. Kunst et Wolf s'efforcent d'être objectifs. Le Dr. Rainer prend une attitude de rejet complet. Il déclare: "Messieurs! Tout ce que vous voyez ici ne représente rien de nouveau dans la médecine scientifique. Nous pouvons traiter de pareils cas avec autant de succès. Si je suis venu ici, c'est pour voir des miracles." Le pacte des adversaires médicaux de Groening avec l'embarras des autorités face au phénomène Groening qui déplace des foules se renforce. Pourtant on offre à Bruno Groening la possibilité de prouver en accord avec les médecins-chefs et d'une manière cliniquement vérifiable son don de guérison jusqu'au 28 juin dans toutes les cliniques universitaires de la zone britannique d'Allemagne ainsi qu'à l'hôpital municipal de Bielefeld ou à la clinique de Bethel.

Au cours des jours qui suivent:

Malgré les avertissements oraux et verbaux de Bruno Groening et de son entourage concernant l'interdiction de guérir et l'inutilité d'attendre, les malades persévèrent devant la maison des Hülsmann. Se produisent également des guérisons difficilement vérifiables qui ne peuvent trouver d'autre explication qu'une intervention à distance de la part de Bruno Groening sur les gens qui attendent.

20 mai 1949

Bruno Groening se déclare d'accord pour prouver son pouvoir de guérison dans les hôpitaux de la ville de Bielefeld. A cause de la méfiance instinctive à l'égard des médecins, il fait pourtant demi-tour alors qu'il se rendait chez le Professeur Wolf. Monsieur Klemme, que Groening avait guéri, y joue un rôle. Klemme lui propose de cesser la lutte contre les autorités de Herford et au lieu de cela de négocier avec le président du gouvernement Drake à Detmold que celui-ci connaît bien.

23 mai 1949

La rencontre avec Drake se fait sous un malheureux concours de circonstances. Sous la pression d'un certain Monsieur Egon-Arthur Schmidt qui est apparu dans le cercle de Bruno Groening et se dit lecteur, Bruno Groening établit la veille de sa visite chez Drake un soi-disant diagnostic à distance de l'état de santé de Drake. Les diagnostics à distance de Bruno Groening sont quelque chose de très particulier et ne peuvent tout simplement pas être interprétés en termes médicaux. (Dans le cadre du rapport dans le journal "Revue" le sujet est traité plus amplement.) Convaincu du don de Groening, Schmidt soumet le diagnostic à distance à Drake. Celui-ci y trouve quelques erreurs. Le Dr. Dyes, médecin de la santé publique de Detmold et adversaire déclaré de Groening, qui participe à la réunion, prend le dessus. Il dit littéralement à Groening qu'il peut faire et prouver ce qu'il veut, l'interdiction de guérir ne sera pas levée (cette déclaration du Dr. Dyes sera confirmée par lui-même au collaborateur du journal "Revue", le Professeur Dr. Fischer). Ces mots de Dyes ont une influence néfaste sur l'évolution ultérieure. La méfiance instinctive de Bruno Groening vis-à-vis du corps médical se consolide définitivement et rend aussi de son côté une entente raisonnable impossible. Dr. Dyes n'a pas signalé à Bruno Groening qu'un paragraphe de la loi sur les guérisseurs autorise à titre d'exception, malgré les textes législatifs en vigueur, des actes de guérison dans des cas particuliers.

24 mai 1949

Entretien entre Bruno Groening et le responsable de l'organisation des services municipaux Wöhrmann, en remplacement du chef des services de l'administration municipale Meister qui se trouve en congé. Wöhrmann déclare, d'après huit témoignages dans ce sens: Que mille personnes attendent leur guérison devant la maison n° 7 de la Place Wilhelm, cette foule ne l'intéresse pas. La guérison de maladies est de nature secondaire. Tout ce qui l'intéresse est le salut de l'âme et la rémission des péchés. Toutes les affections physiques importent peu à côté du salut de l'âme. Vu que Groening ne peut donner de réponse à la question s'il est capable de pardonner les péchés, il serait complètement insatisfait de cet entretien.

7 juin 1949

Nouvelle visite d'une commission médicale à Groening, à laquelle appartient cette fois-ci Wöhrmann et le médecin-conseil Dr. Siebert. Discussion de cinq heures. Maintien de l'interdiction de toute activité de guérison. Prolongation du délai de recours jusqu'au 28 juillet. De nouveau, Bruno Groening se voit offrir la possibilité de prouver son don de guérison dans les cliniques et les hôpitaux. A cause de la profonde méfiance de Bruno Groening, on n'en viendra pas là. (En tant que délégué du journal "Revue", le Professeur Dr. Fischer constatera plus tard que cette méfiance n'était pas sans fondement).

18 / 19 juin 1949

Pour calmer les milliers de malades qui attendent Bruno Groening sur la Place Wilhelm, Wöhrmann se voit forcé d'assouplir temporairement l'interdiction de guérir.

20 juin 1949

Manifestation de malades qui attendent leur guérison devant la mairie et la maison de Wöhrmann. La police ne peut rien faire.

21 juin 1949

Nouvel assouplissement de l'interdiction.

24 juin 1949

Le chef des services de l'administration municipale Meister revient et confirme l'interdiction. Nouvelle manifestation. La confusion des circonstances devient de plus en plus énorme.

25 juin 1949

Sur invitation du grossiste hambourgeois Westphal dont l'asthme s'est amélioré grâce à lui, Groening se rend à Hambourg. Il espère pouvoir y continuer ses guérisons. A Hambourg aussi cela s'avère impossible.

29 juin 1949
Bruno Groening quitte Hambourg pour une destination inconnue. Il est accompagné de Hülsmann et de l'épouse de celui-ci. Le public et la police perdent sa trace.